| Prix
de l'électricité |
13 ème législature |
Question
d'actualité au gouvernement n° 0342G de M. Ladislas Poniatowski
(Eure - UMP-R)
- publiée dans le JO Sénat du
10/07/2009
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M. Ladislas Poniatowski. Ma question s'adresse à
Mme la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi.
Madame la ministre, j'imagine que vous avez été aussi
surprise que nous, les parlementaires, par l'annonce du président
d'EDF, qui souhaite augmenter ses tarifs d'électricité de 20 %.
M. Guy Fischer. C'est scandaleux !
M. David
Assouline. C'est un sale coup !
M. Ladislas Poniatowski.
Bien sûr, cette hausse ne serait pas brutale puisqu'il vous est
demandé de l'étaler sur trois ou quatre ans. Toutefois, dans la
conjoncture qui est la nôtre, même une augmentation de 4 % par an
des tarifs d'électricité serait durement vécue par un grand nombre
de familles.
Ce qui a surpris, et même choqué, c'est le
moment où a été formulée cette demande, c'est-à-dire quelques jours
après le succès qu'a remporté l'emprunt obligataire lancé par EDF
auprès des particuliers.
M. Didier Boulaud. C'est de la
provocation !
M. Ladislas Poniatowski. La réussite de cette
opération est incontestable : le président d'EDF, qui escomptait un
milliard d'euros, en a obtenu 3,2 milliards, ce qui montre au
passage que les Français ont une bonne image de cette entreprise et
lui accordent leur confiance.
M. Guy Fischer. C'est le
pillage de l'épargne populaire ! C'est du racket !
M. Paul
Raoult. Les Français ne seront pas payés de retour…
M.
Ladislas Poniatowski. Que nous demande aujourd'hui le président
d'EDF ? Lorsqu'il a été entendu il y a quelques jours par le groupe d'études de l'énergie
du Sénat, en présence du président Gérard Larcher, il a
souligné trois points : tout d'abord, qu'EDF est lourdement endettée
; ensuite, que l'électricité est, en France, de 30 % à 40 % moins
chère que dans les autres pays européens, et il a ainsi laissé
entendre qu'il existait une marge de manœuvre ; enfin, que
d'importants investissements sont nécessaires puisqu'il faut à la
fois prolonger la durée de vie des centrales et en construire de
nouvelles.
Conclusion du président d'EDF : « Je souhaite une
augmentation des tarifs de l'électricité ».
Madame la
ministre, ma question sera triple.
Premièrement, avez-vous
été informée au préalable de cette demande ?
Deuxièmement,
avez-vous l'intention d'y répondre favorablement, sinon à hauteur de
ce qui vous est demandé, du moins d'une manière moins brutale,
c'est-à-dire plus supportable pour le portefeuille des Français ?
Troisièmement, les sénateurs du groupe UMP, au nom desquels
je m'exprime, souhaitent que soit lancé un débat national. En effet,
nous voulons savoir si les Français sont prêts à accepter une hausse
des tarifs pour répondre aux différents besoins en matière
énergétique, c'est-à-dire renouveler les centrales nucléaires et en
construire de nouvelles, moderniser les réseaux de transport et de
distribution d'électricité,…
M. Paul Raoult. Ils sont bien
défaillants, ces réseaux !
M. Ladislas Poniatowski. … accélérer le développement des énergies
renouvelables, qu'il s'agisse de l'hydraulique, de la
biomasse, de l'éolien ou du photovoltaïque,…
M. le
président. Veuillez conclure, mon cher collègue.
M. Ladislas
Poniatowski. … enfin développer ce que j'appellerai les « autres
besoins », notamment la construction des ports méthaniers qui sont
nécessaires à la France, avec des installations permettant de
regazéifier le gaz liquéfié. (Applaudissements sur les travées de
l'UMP. – M. Hervé Maurey applaudit également.)
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Réponse
du Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
- publiée dans le JO Sénat du
10/07/2009 - page 6848
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Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de
l'industrie et de l'emploi. Monsieur le sénateur, je vous remercie
de votre question, particulièrement d'actualité compte tenu de
l'annonce dont nous avons tous pris connaissance avec beaucoup de
surprise et par voie de presse, ce qui ne me satisfait guère, non
plus que le ministre chargé de l'industrie, Christian Estrosi.
(Exclamations sur les travées du groupe socialiste et du groupe
CRC-SPG.)
M. Jacques Mahéas. Ils ne maîtrisent plus rien !
M. David Assouline. À l'Élysée, ils devaient savoir…
Mme Christine Lagarde, ministre. J'en profite pour rappeler
que la variation des tarifs d'électricité résulte d'une décision conjointe du ministre de l'économie
et du ministre chargé de l'énergie, après avis de la commission de
régulation de l'énergie. Or celle-ci n'a pas été saisie d'une
demande du Gouvernement concernant une quelconque augmentation des
tarifs. (Mêmes mouvements.)
M. Jean-Pierre Sueur. On est
donc en pleine anarchie !
M. Jacques Mahéas. C'est le grand
bazar !
M. Paul Raoult. C'est le renard libre dans le
poulailler libre !
Mme Christine Lagarde, ministre. Quant au
fond, vous avez très bien posé les termes du débat, monsieur le
sénateur.
Les tarifs de l'électricité dont bénéficient les
consommateurs français sont effectivement, aujourd'hui, inférieurs
de 15 % à 30 % à ceux qui sont pratiqués dans les autres pays
d'Europe. Pourquoi cet écart ? Tout simplement parce que les
consommateurs français bénéficient, et c'est légitime, de l'avance
de compétitivité que la France a acquise grâce à des investissements
massifs dans son parc électronucléaire, en particulier pendant les
années 1980. (Très bien ! sur les travées de l'UMP.)
M.
Charles Revet. C'est vrai !
M. Jean Bizet. Il ne faut pas
l'oublier !
Mme Christine Lagarde, ministre. Le Gouvernement
entend qu'ils continuent de profiter de cette avance, dans le
respect du partage des gains de compétitivité résultant des
investissements massifs de cette époque.
Cela étant, et vous
avez eu raison de le souligner, monsieur le sénateur, EDF devra
réaliser des investissements importants pour répondre aux exigences
du Grenelle de l'environnement, notamment en
développant des énergies renouvelables, mais aussi pour investir
dans le parc électronucléaire, dont il convient d'allonger la
durée de vie dans des conditions de sureté absolue. (Marques
d'impatience sur les travées du groupe socialiste.)
M.
Jacques Mahéas. Répondez plutôt à la question !
M. David
Assouline. Vous ne respectez pas votre temps de parole, madame la
ministre !
Mme Christine Lagarde, ministre. Comment financer
ces investissements ? Nous pouvons envisager des hausses tarifaires,
certes, mais je crois bien préférable de dégager des gains de
productivité internes à l'entreprise. C'est d'ailleurs déjà, me
semble-t-il, une priorité pour la direction d'EDF, à laquelle
Christian Estrosi et moi-même demanderons de persévérer dans cette
voie.
M. Guy Fischer. C'est-à-dire des suppressions
d'emplois !
Mme Christine Lagarde, ministre. Les gains de
productivité ne se traduisent pas nécessairement par des
suppressions d'emplois ; ils passent aussi par une meilleure
organisation du cycle de production.
Le rapport Champsaur, à
la rédaction duquel vous avez participé, monsieur Poniatowski, avec
le talent que l'on sait,…
M. le président. Veuillez
conclure, madame la ministre.
Mme Christine Lagarde,
ministre. … a d'ailleurs souligné que ces investissements devaient
être réalisés grâce à des gains de productivité, et nous aurons
l'occasion de le rappeler.
Tout cela s'inscrit dans une
politique parfaitement claire (Marques d'ironie sur les travées du
groupe socialiste.),…
M. Didier Boulaud. Pour être clair,
c'est clair ! En fait, c'est plutôt un clair-obscur !
Mme
Christine Lagarde, ministre. … qui consiste, d'une part, à faire en
sorte que les consommateurs les moins privilégiés bénéficient de
tarifs sociaux particuliers et, d'autre part, à garantir la clarté
et la vérité des prix. (Applaudissements sur les travées de l'UMP,
ainsi que sur plusieurs travées de l'Union centriste.)
M.
Didier Boulaud. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » !
(Sourires sur les travées du groupe socialiste.)
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